De la jeune abbesse à la « Seconde Réformatrice » du monastère
Née en 1591, Jacqueline Arnauld reçoit une éducation érudite et solide, modelée par la volonté inébranlable de son père, Antoine Arnauld, avocat au Parlement de Paris. Propulsée abbesse de Port-Royal à onze ans grâce aux intrigues familiales, la jeune fille, d’abord étrangère à toute vocation religieuse, incarne malgré elle les dysfonctionnements du système des “abbesses commendataires”.
Mais, à seize ans, un événement-moteur change le cours de son existence et, par extension, celui du monastère : l’« illumination » du 25 janvier 1609, où elle prend conscience, dit-elle, de la vanité de sa vie et de la gravité de ses responsabilités (Jean Lesaulnier, “Dictionnaire Port-Royal,” Honoré Champion, 2004). Elle adopte alors le nom religieux d’Angélique et s’engage dans une réforme sans concession.
La nuit du “Serrage de grille” : rupture et prise de pouvoir
L’un des actes les plus célèbres de l’histoire de Port-Royal, le “serrement de grille” du 25 septembre 1609, consacre l’autorité nouvelle d’Angélique Arnauld. En présence de sa famille et de notables du pays, elle ferme solennellement la grille qui séparait les religieuses de la clôture, mettant un terme aux visites mondaines, aux repas fastueux et à l’entrisme laïc. Ce geste fondateur, évoqué par Racine dans sa Lettre sur Port-Royal, fait date : il conjure la menace de dissolution et restaure la vocation spirituelle du lieu.