Une réforme monacale dans la tourmente du Grand Siècle
Le XVII siècle fut pour la France une époque de conflits religieux, de renouveau spirituel et de centralisation monarchique. Port-Royal des Champs, modeste abbaye cistercienne du plateau de Chevreuse, allait devenir en une génération l’épicentre d’un mouvement spirituel et intellectuel : le jansénisme. Ce phénomène, complexe et controversé, n’aurait pu émerger sans la profonde transformation imposée par Jacqueline Arnauld, plus connue sous le nom de mère Angélique.
La réforme initiée dès 1609 fut d’abord une entreprise de retour à la règle primitive. À son arrivée au prieuré à l’âge de 11 ans, la fillette portait déjà le titre d’abbesse. À 17 ans, galvanisée par une crise de conscience et la lecture des Évangiles, elle fait fermer la porte grillée du parloir aux mondanités. Cette « cérémonie de la grille fermée » — événement daté du 25 septembre 1609 — posa un jalon fondateur, relaté par Sainte-Beuve (Port-Royal, t. Ier, 1840).
L’exigence de réclusion, de pauvreté et de silence imposée par mère Angélique la ramène aux origines du monachisme cistercien. Pourtant, cette réforme ne peut se comprendre indépendamment du contexte spirituel qui la voit naître : la Réforme catholique, la lutte contre le relâchement dans le clergé régulier et l’essor d’un christianisme intérieur, en réaction à la surface des rites. Les normes strictes d’Angélique, cependant, dépasseront très vite le cadre monastique traditionnel pour toucher à des questions théologiques qui diviseront la France jusqu’au XVIII siècle.