Un geste politique : la destruction du monastère en 1710
Le 29 octobre 1709, sur ordre de Louis XIV, débute l’une des opérations les plus emblématiques du pouvoir monarchique contre une communauté religieuse : la destruction du monastère de Port-Royal des Champs. Cette exécution ne devait rien au hasard. Après des décennies de tension entre la monarchie, la papauté et le mouvement janséniste dont Port-Royal était un foyer, la condamnation avait un objectif : effacer la mémoire d’un « parti », éliminer le centre d’un rayonnement intellectuel et spirituel devenu trop gênant.
Construite dès 1204, l’abbaye s’était affirmée dès le milieu du XVIIᵉ siècle comme un lieu de rigueur, de réforme et d’austérité chrétienne, sous l’impulsion de l’abbesse Angélique Arnauld. Elle devint, avec la « Petite École » et la présence de Messieurs — Pascal, Racine enfant, Lemaître de Sacy, Antoine Arnauld… —, un laboratoire de pensée, d’exigence morale et pédagogique. Mais aussi un foyer de résistance au pouvoir royal allié à la Compagnie de Jésus, dans la querelle de la grâce.
En 1710, sur décision royale, la destruction fut d’une minutie rare : il ne s’agissait pas seulement de disperser les religieuses, mais de faire disparaître physiquement le site, d’aplatir la mémoire. Plus de 90 tombes, dont celle de la célèbre Mère Angélique et de plusieurs Messieurs, furent profanées ; les ossements jetés à la fosse commune au cimetière de Saint-Lambert-des-Bois.
- Le cloître démantelé
- L’église abattue pierre à pierre
- Les bâtiments des religieuses arasés
Il ne resterait que la grange et, le hasard ou la bienveillance ayant épargné quelques murs, des fragments de la solitude.