Vers le classicisme : l’abbaye à l’apogée du Grand Siècle (1625-1661)
Le milieu du XVII siècle est pour Port-Royal l’âge d’or, non seulement spirituel, mais aussi architectural, bien qu’il s’accompagne moins d’une explosion ornementale que d’une affirmation d’un modèle de simplicité ordonnée.
- 1635 : agrandissement du dortoir, documenté par les dessins de Dom Victor Michel (Musée de Port-Royal), qui montre une capacité portée à 60 cellules individuelles.
- 1637 : ajout d’une aile Sud, aménagée en infirmerie et salle de travail pour les pensionnaires.
- 1646 : restauration de l'enclos, reconstruite en pierre et tuiles, entourant un ensemble désormais presque totalement clos.
L’église, quant à elle, n’est pas reconstruite à neuf mais consolidée ; la plupart des interventions relèvent d’un entretien sobre, favorisé par les revenus de la réforme et la générosité de familles protectrices (notamment les Arnauld et les Pascal).
Le “modèle Port-Royal”
Comment alors caractériser ce style si particulier ? L’historien Alexandre Maral parle de “labour d’épure”, une recherche qui privilégie :
- L’alignement strict des bâtiments le long du cloître
- Des ouvertures rectangulaires, souvent sans encadrement
- L’emploi de la pierre et de la brique en alternance, mais sans relief de corniche ou de moulure
- Des toitures basses, recouvertes d’ardoise et ponctuées de cheminées sobres
Quelques descriptions évoquent la lumière étrange qui, dans le réfectoire, tombait d’un oculus simplement percé dans un mur nu, effet accentué par l’absence de couleur (Port-Royal — Monastère des liens, A. Maral, S. Faron, EHESS, 2018).
Un laboratoire architectural pour l’intimité et la retraite
Port-Royal devient, dès lors, un modèle copié par d’autres maisons réformées. On retrouve les cellules alignées, les couloirs larges, la valorisation du silence architectural dans les plans de l’abbaye de La Trappe (refondée par Rancé), de Montmartre réformée, voire dans certains couvents parisiens, comme les Carmélites du faubourg Saint-Jacques.