Port-Royal détruit : chronologie d’un saccage ordonné
Le 29 octobre 1709, par lettre de cachet, Louis XIV ordonne la dispersion des religieuses de Port-Royal des Champs. Dès janvier 1710, la démolition de l’abbaye débute. Les bâtiments conventuels, le cloître, l’église et le cimetière sont, sur ordre du roi, méthodiquement rasés. Près de cent ouvriers s’attellent à la tâche. Tout doit disparaître, jusqu’aux sépultures mêmes des religieuses, de Mère Angélique Arnauld à la célèbre Mère Agnès. Les restes exhumés sont dispersés, certains emportés à Magny-les-Hameaux, d’autres relégués à l’ossuaire commun. Port-Royal s’efface du paysage institutionnel, effaçant, pensait-on, à la fois le lieu et la mémoire du jansénisme.
Ce bouleversement n’est pas unique dans l’histoire religieuse française, mais sa violence, son caractère total et le poids symbolique que revêtait Port-Royal lui confèrent une intensité rare. Quelle fut, au-delà de la stricte matérialité de la disparition, la portée de cette destruction pour la communauté religieuse qui y avait vécu ? Que devinrent les religieuses, leurs soutiens, leur esprit ? Au fil de cette exploration, se dessinent les dynamiques de résistances, les adaptations, mais aussi les blessures indélébiles d’une communauté frappée dans ses fondements.