L’ouverture des sépultures : entre profanation et tabula rasa
La question des sépultures fut, à Port-Royal, tout aussi brûlante que celle des bâtiments. Car l’abbaye n’abritait pas seulement les dépouilles anonymes des religieuses : on y trouvait aussi les tombes des plus illustres solitaires, Arnauld d’Andilly, Le Maistre de Sacy, Louis-Isaac Lemaistre, mais aussi celle de la Mère Angélique Arnauld et celle de Pascal (bien que la tombe de Pascal ait, dès l’origine, fait débat quant à sa localisation exacte).
Les ordres royaux de 1711
Le 30 janvier 1711, un arrêté signé du duc d’Antin, alors surintendant des Bâtiments du roi, ordonne l'exhumation de toutes les personnes inhumées à Port-Royal. Ce geste, rare dans l’histoire religieuse de France, obéit à une logique de purge intégrale. Les corps sont transférés dans le cimetière de Saint-Lambert-des-Bois, à quelques centaines de mètres, et plus de 130 sépultures sont concernées (Rapport de l’inspecteur Bardon, 1711, Bibliothèque Mazarine).
- Les cercueils ouverts sont déplacés à la hâte, parfois désagrégés sous l’effet de l’humidité ou du temps.
- Plusieurs fragments d’ossements, de pierres tombales, ou d’inscriptions funéraires, sont dispersés ou détruits sur place.
- Les sépultures de prestige, notamment celle de la Mère Angélique, font l’objet d’une attention particulière : la dépouille est formellement identifiée avant d’être enfouie au cimetière voisin, sans ornement ni mention spécifique.
Certains témoignages décrivent des scènes poignantes, notamment le silence glacial des spectateurs, la réticence visible des ouvriers devant la profanation. Selon le récit de Madame de Sévigné, témoin par lettres interposées, « on n’ose plus parler de Port-Royal qu’à voix basse, et dans la crainte qu’un mot imprudent n’attire la disgrâce » (Correspondance, Lettres du 16 février 1711).